Laurent Abitbol, un franc-parler direct face aux crises


Laurent Abitbol, Président du groupe Marietton Developpement, a accordé une interview exclusive à La Quotidienne. Avec la double casquette de distributeur (Havas Voyages notamment) et de producteur (Héliades, Austral Lagons, Voyamar, notamment), il livre ici une analyse sans filtre sur la responsabilité financière des agences de voyages, la menace de l’IA et la résilience du marché français face à l’actualité.

La Quotidienne : Les agences encaissent le client bien avant de régler les producteurs. En cas de force majeure, le distributeur ne devrait-il pas prendre une part plus active au risque financier ?

Laurent Abitbol : Absolument pas. Je gère 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en tant que TO, je connais donc parfaitement les deux métiers.

Le client passe par un TO pour une seule raison : la sécurité. C’est au producteur de tout gérer, c’est son rôle.

Chez Marietton, nous avons anticipé : nous prélevons une « auto-assurance » de 1 à 1,50 € par dossier.

En quatre ans, cela nous a permis de constituer une cagnotte qui couvre aujourd’hui les 400 000 € de frais liés aux récents blocages.

La loi est claire : nous devons assurer trois nuits et le rapatriement.

Pour le reste, c’est aux compagnies aériennes de prendre leurs responsabilités.

Nous devrions récupérer d’ailleurs environ 800 à 900 € sur chaque billet de rapatriement auprès de partenaires aériens comme Iberia.

LQ : Comment les agences peuvent-elles justifier leur commission si les producteurs utilisent l’IA pour vendre en direct avec une meilleure personnalisation ?

LA : C’est une question de loyauté commerciale. Je suis très clair : si un fournisseur propose des prix plus bas en direct (B2C) qu’en agence de voyage (B2B), nous le débranchons immédiatement.

Le prix doit être le même partout. La réussite, c’est de vendre au juste prix.

Mon père me disait toujours : « Si on ne gagne pas d’argent, on tombe« . Brader est un signe de mauvaise santé.

Chez Marietton, nous ne bradons jamais ; nous respectons le prix de vente pour garantir la pérennité de nos entreprises.

LQ : L’État doit souvent secourir des clients passés par Booking ou Airbnb qui ne paient pas leurs impôts en France. Faut-il imposer une « préférence nationale » dans vos contrats ?

LA : L’État n’est pas un agent de voyage, c’est à nous, professionnels, de faire le job. Ces crises coûtent cher, mais elles ne sont pas quotidiennes.

Si une compagnie aérienne fait défaut, je n’hésite pas à aller au tribunal : contre les compagnies, on gagne toujours.

Concernant les plateformes américaines, chacun doit prendre ses responsabilités, mais le rôle du TO français reste le meilleur rempart pour le consommateur.

LQ : Êtes-vous confiant pour la suite de l’année malgré le contexte guerrier ?

LA : Le client a peur des prix chers, pas seulement de la guerre.

Quand Emirates, Etihad ou Qatar Airways lanceront des tarifs attractifs vers Bangkok, le marché repartira instantanément.

Dubaï reste une plateforme sûre : tant qu’Emirates vole, il n’y a pas de risque majeur. Actuellement, nos agences sont à -20 % et nos activités TO à -30 %.

C’est un coup dur, mais notre bilan 2026 restera positif. Nous ne ferons pas les 70 millions de bénéfices de l’an dernier, mais Marietton ne perdra pas d’argent.

Le Business Travel tient bon et je reste serein sur la capacité des Français à reprendre le chemin des vacances.

Propos recueillis par PR





    1 commentaire pour “Laurent Abitbol, un franc-parler direct face aux crises

    1. Franchement, bravo à Laurent Abitbol ! Il sait gérer de main de maître tout ce qu’il touche, et sa vision du tourisme face aux crises est impressionnante. Un vrai leader.

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