Faut-il craindre l’Hantavirus pour le tourisme


L’alerte sanitaire déclenchée début mai autour du navire d’expédition MV Hondius rappelle combien les croisières d’aventure restent exposées à des situations sanitaires complexes lorsqu’elles évoluent dans des zones isolées. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sept cas liés à un possible hantavirus ont été identifiés à bord, dont deux confirmés biologiquement et plusieurs cas graves ayant entraîné des décès encore en cours d’investigation.

Le navire, exploité par Oceanwide Expeditions, effectuait une longue croisière entre Ushuaïa, l’Antarctique et plusieurs îles de l’Atlantique Sud.

L’épisode a mobilisé plusieurs autorités sanitaires internationales, notamment en Afrique du Sud, en Espagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Une maladie rare, transmise surtout par les rongeurs

Selon le Dr Bensadoun, médecin et spécialiste en communication scientifique, les hantavirus sont des virus transmis principalement par les rongeurs et leurs déjections.

La contamination humaine survient généralement après inhalation de poussières contaminées dans des espaces fermés ou insuffisamment nettoyés.

Contrairement aux virus respiratoires classiques, la transmission interhumaine reste exceptionnelle.

Les autorités sanitaires rappellent que seuls certains variants sud-américains, notamment le virus Andes, ont montré une capacité limitée de
transmission entre humains, essentiellement lors de contacts étroits et prolongés.

Pour les professionnels du tourisme, ce point est essentiel : l’épisode du Hondius ne correspond pas à un scénario de diffusion massive comparable au Covid-19. L’OMS estime d’ailleurs que le risque pour la population générale demeure faible.

Pourquoi un navire de croisière amplifie la perception du risque

Le contexte maritime joue un rôle central dans la médiatisation de cette affaire.

Un navire d’expédition réunit plusieurs facteurs sensibles : isolement géographique, promiscuité relative, passagers internationaux, accès limité aux soins spécialisés et nécessité d’éventuelles évacuations médicales.

Même lorsqu’un agent infectieux est peu contagieux, la présence de cas graves à bord d’un bateau crée immédiatement une forte inquiétude, d’autant que l’imaginaire collectif reste marqué par les épisodes sanitaires vécus durant la pandémie de Covid-19.

Dans le cas du Hondius, les autorités cherchent encore à déterminer l’origine exacte de l’exposition.

Contamination environnementale avant l’embarquement ? Matériel contaminé ? Transmission rapprochée limitée entre certaines personnes.
L’absence officielle de rongeurs à bord, évoquée dans plusieurs premiers rapports, reste encore à confirmer définitivement par l’enquête environnementale.

Des symptômes initialement trompeurs

L’une des difficultés majeures du hantavirus réside dans ses premiers symptômes très peu spécifiques : fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, troubles digestifs ou maux de tête. Rien d’alarmant a priori…

Dans les formes les plus sévères, l’état peut se dégrader rapidement avec apparition d’une détresse respiratoire aiguë liée à un œdème pulmonaire massif.

Certaines formes peuvent également provoquer une atteinte rénale importante.

Cette évolution rapide explique la nécessité d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge hospitalière spécialisée.

À ce jour, selon le Dr Bensadoun s’exprimant sur son blog Okymydoc, il n’existe ni traitement antiviral spécifique validé en routine ni vaccin
largement disponible contre les hantavirus.

La prise en charge repose essentiellement sur des soins intensifs de support : assistance respiratoire, réanimation, ventilation mécanique, oxygénation.

Les experts soulignent aussi qu’une détection rapide améliore nettement les chances de survie.

Vigilance renforcée sans alarmisme

Pour le secteur du tourisme et de la croisière d’expédition, cet épisode souligne plusieurs enjeux stratégiques tels que les capacités médicales à bord, les protocoles d’isolement, la gestion des évacuations mais aussi la communication de crise

Il rappelle également que les risques sanitaires en croisière ne se limitent pas aux maladies hautement contagieuses mais peuvent survenir dans des environnements isolés avec une logistique médicale minimale.

Le cluster du Hondius, selon les autorités sanitaires internationales, constitue une alerte sérieuse nécessitant enquêtes, surveillance et suivi des contacts, mais ne traduit pas l’émergence d’une nouvelle pandémie respiratoire.

Pour les opérateurs touristiques, le principal enseignement c’est surtout la préparation opérationnelle face à des événements sanitaires rares mais potentiellement graves, notamment sur les itinéraires d’expédition éloignés des infrastructures médicales lourdes.

Evelyne Dreyfus





    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même sujet

Que veut Marabu la nouvelle compagnie aérienne du groupe Condor ?

Que veut Marabu la nouvelle compagnie aérienne du groupe Condor ?

2300 vues
6 mai 2026 0

Marabu se positionne comme un acteur désormais incontournable des liaisons entre l’Allemagne et les...

Destination Thaïlande : Ca chauffe à Bangkok

Destination Thaïlande : Ca chauffe à Bangkok

2631 vues
5 mai 2026 0

Alors que le soleil estival accablant tape sans relâche sur le cœur urbain de...

Résilience du ciel : Pourquoi la demande de voyages en avion reste forte malgré le coût élevé du carburant

Résilience du ciel : Pourquoi la demande de voyages en avion reste forte malgré le coût élevé du carburant

2469 vues
4 mai 2026 0

Malgré une conjoncture énergétique alarmante, la demande mondiale de voyages en avion fait preuve...