Abu Dhabi par temps d’alertes : un témoignage exclusif d’une française sur place


Rentrée d’Abu Dhabi quelques heures avant le déclenchement des hostilités, je me suis interrogée sur ce qui m’y a semblé le plus caractéristique. Et bien, c’est le sens de l’adaptation à tous égards.

J’y ai rencontré Nathalie Rousseau Laudou. Entourée de 35 bénévoles, elle préside Abu Dhabi Accueil pour les Français résidents ou de passage.

Entre 12 000 et 15 000 Français vivent ici parmi les quelque 200 nationalités les plus diverses.

Au calme d’un des palaces de l’Emirat, nous avions évoqué les paradoxes : l’hyper-modernité du cadre de vie, des technologies et le rappel systématique des motifs de l’art arabe ; la modestie d’apparence demandée aux femmes qui sont toutes maquillées avec goût et équipées Dior, Chanel & l’observance des rituels musulmans mais la décision récente de faire du samedi et du dimanche les jours de week-end officiels

En cinq jours de présence sur place je ne saurais dire précisément ce qu’est Abu Dhabi : un univers de marbre blanc, moins surfait que Dubaï selon de nombreux avis.

Un monde de palaces et d’immenses centres commerciaux.

Une vitrine pour les plus belles architectures muséales du monde, un immense parc d’attraction aussi et un haut lieu de sport et de gastronomie internationale.

Rien de particulièrement romantique mais tant d’espace, de propreté minutieuse, et, en temps normal, de sécurité.

J’ai recontacté Nathalie. Voici son état de lieux  depuis le début des frappes

La Quotidienne : Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu les premiers moments des hostilités ?

Nathalie Rousseau Laudou: Le 1er mars, j’étais en train de faire mes courses quand j’ai entendu les premières déflagrations.

Sur le moment, personne n’a vraiment réagi dans le magasin.

Les gens ont continué leurs achats, sans doute parce que personne n’imaginait être confronté à une situation de ce type.

En rentrant chez moi, j’ai compris ce qui se passait : les informations annonçaient que les Etats-Unis venaient de lancer des frappes contre l’Iran.

C’est à ce moment-là que la situation a commencé à paraître plus concrète.

LQ : Quelles mesures ont été prises localement dans les jours qui ont suivi ?

NRL : Dans les jours suivants, plusieurs mesures ont été annoncées.

Les écoles sont passées à l’enseignement à distance pendant une semaine. Les vacances scolaires ont également été avancées d’une semaine.

Pour les salariés du secteur privé, il a été recommandé de télétravailler pendant trois jours.

Ces décisions ont été présentées comme des mesures de précaution, destinées à limiter les déplacements et à rassurer la population.

LQ : Comment l’information circule-t-elle auprès des résidents et des touristes ?

NRL : La communication a été très présente ces derniers jours, notamment à destination des touristes et des résidents étrangers.

Les autorités ont insisté sur le fait que le pays n’était pas engagé dans une guerre au sens large et que les tensions concernaient principalement des installations militaires américaines.

Du côté du tourisme, certaines mesures ont été annoncées pour les visiteurs, notamment la prise en charge de nuits d’hôtel supplémentaires dans certains cas, afin d’éviter des départs précipités.

LQ :  Qu’en est-il de la communauté française sur place ?

NRL : L’ambassade de France a été très sollicitée.

Les premiers jours, certains ont trouvé que les informations arrivaient assez lentement, mais la situation s’est progressivement structurée.

L’objectif principal a été d’organiser le départ d’une grande partie des touristes français présents sur place et de proposer des solutions aux personnes considérées comme les plus vulnérables.

On estime qu’environ 15 000 touristes français se trouvaient dans la région au début
des événements, et leur nombre a rapidement diminué au fil de la semaine.

LQ :  Quel rôle jouent les réseaux associatifs français à Abu Dhabi ?

NRL : Les réseaux sociaux et les associations de Français ont beaucoup servi de relais d’information.

Les présidents d’associations ont souvent transmis les messages de l’ambassade ou répondu aux questions de leurs membres.

Cela a permis de diffuser rapidement des informations pratiques et de rassurer certaines personnes qui se sentaient isolées ou inquiètes.

LQ :  Vous présidez l’association Abu Dhabi Accueil. Comment avez-vous géré les inquiétudes des membres ?

NRL :Au début de la semaine, j’ai essayé de garder un ton assez léger pour détendre un peu l’atmosphère.

Je venais tout juste d’emménager dans mon nouvel appartement le vendredi 28 février, et je plaisantais en disant que le désordre de mes cartons rivalisait avec le bruit des déflagrations dehors.

Mais dès le dimanche 2 mars, j’ai commencé à recevoir beaucoup de messages.

Les questions revenaient souvent : « Faut-il partir ? », « Mes voisins sont américains, est-ce que cela me met en danger ? », ou encore « Ma fille fait des crises de panique, comment la rassurer ? ».

J’ai passé plusieurs jours à répondre au téléphone, à relayer les informations fiables et à écouter les inquiétudes des uns et des autres.

Autant dire que je n’ai pas beaucoup avancé dans le déballage de mes cartons.

LQ : Comment décririez-vous l’atmosphère sur place aujourd’hui ?

NRL : La vie quotidienne continue dans l’ensemble, même si les gens restent attentifs aux informations.

Par exemple, vendredi 6 mars, je suis sortie dîner au restaurant avec des amis.

Ce moment a fait du bien, car il permettait de retrouver un semblant de normalité.

En regardant certains reportages ou commentaires en France, j’ai parfois le sentiment que la situation est décrite de manière très alarmiste.

Sur place, le ressenti est plus nuancé. Les habitants suivent les consignes, mais la vie continue.

LQ :  Avec le recul, que retenez-vous de ces premiers jours ?

NRL : Ce qui m’a marquée, c’est surtout l’importance de l’information et du soutien entre les membres de la communauté.

Dans ce genre de situation, les rumeurs circulent vite et les gens ont besoin de repères fiables.

La solidarité entre expatriés et la circulation rapide des informations ont beaucoup aidé à gérer les inquiétudes, même si chacun reste conscient que la situation peut évoluer.

La plupart des touristes sont partis.

En ce qui concerne les résidents, les familles de Total ont été rapatriées par la société.

Les plus vulnérables sont pris en charge par l’ambassade.

Beaucoup moins de demandes de rapatriements depuis aujourd’hui.

Seuls les vulnérables,( les femmes enceintes, les mères seules avec enfant(s), les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes sous traitement médical, les familles avec des enfants en bas âge et plus généralement toute personne nécessitant une attention particulière) sont rapatriés si ils en font la demande.

Si les autres résidents veulent rentrer, ce sera par leur propre moyen, car la situation ne nécessite pas une évacuation !

Les vols commerciaux reprennent, principalement, les compagnies nationales Etihad pour AD et Emirates pour Dubaï.

Beaucoup de rapatriements on été fait par Oman, en envoyant les personnes par bus jusqu’à Mascate.

Propos recueillis par Evelyne Dreyfus





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