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La Tunisie souffle le chaud malgré le froid

Le froid est là ? Faites comme nous : allez passer un long week-end en Tunisie. Visites de Carthage et Sidi Bou Saïd, shopping dans la médina, journée de thalasso à Hammamet… le tout ponctué d’une redécouverte de la gastronomie locale et de soirées endiablées. En toute sécurité.

Quelle idée bizarre ? Non pas du tout. Plutôt que d’aller titiller les spatules de nos skis pour un week-end de détente, nous avons répondu à l’invitation du Groupe Jancarthier Voyages et de Tunisair, lesquels organisaient avec la précieuse collaboration de l’ONTT, un séjour découverte à Tunis et Hammamet.

On l’aura compris, l’idée consistait bien à emmener une poignée de journalistes afin qu’ils puissent constater de visu que l’on n’est pas plus en danger à Tunis qu’ à Paris Istanbul ou Ouagadougou…

Cinq ans jour pour jour après le début de leur Révolution, nous avons retrouvé des Tunisiens très partagés. Leurs espoirs demeurent mais force pour eux est de constater que cette démocratie, qu’ils appelaient de tous leurs vœux, connaît quelques balbutiements.

Ainsi, pour ces noces de bois supposées marquer d’un jour férié le départ de Ben Ali, on sentait bien dans la capitale que ce sont les problèmes économiques et sociaux qui occupent avant tout les esprits.

Amel Aboudi-Alouani, Directrice Sud de Tunisair, et Guy Escriva, du Groupe Jancarthier, devant le Palais Ennejma Ezzahra, la maison du Baron d'Erlanger à Sidi Bou Saïd [1]Profitant du beau temps et de températures clémentes, les Tunisois avaient néanmoins pris d’assaut les ruelles de Sidi Bou Saïd. Et au café des Délices, il s’avérait plutôt difficile de trouver un coin de salon libre pour déguster un délicieux thé.

Autant le dire, le « touriste français » lui se fait rare en Tunisie. Et pas seulement parce que nous sommes en janvier ! En chute libre, le marché français ne s’est pas relevé de cette année horrible qu’a connu le pays avec les attentats du Musée du Bardo puis de la plage de Sousse.

Pourtant, les autorités ont multiplié les mesures sécuritaires et prolongé -le 22 décembre dernier- l’état d’urgence pour deux mois supplémentaires. Il ne faut pas oublier non plus la suppression de la Taxe de Sortie à la fin de l’été, mais aussi les nombreuses opérations de promotion et de communication conduites par un Office du Tourisme Tunisien à Paris plus dynamique que jamais. Rien n’y a fait.

Heureusement, les seniors, ciblés hors saison par les groupes hôteliers, n’ont pas totalement déserté… « Nous n’avons qu’un établissement ouvert sur Djerba, le Rym Beach, qui affiche un taux d’occupation de 45 % » nous confiait Anis Merghirbi, directeur marketing de la chaîne Seabel Hôtels.

« On espérait mieux, mais la clientèle belge fait défaut ! Et puis les vols charters se font rares, ce qui ne va pas aller sans poser de gros problèmes pour la saison estivale ? »

A Tunis, mais surtout dans la zone touristique d’Hammamet, peu nombreux sont les établissement ouverts. Un à un, les grands opérateurs français mais aussi italiens et anglais ont plié bagages. Et déprogrammé la destination pour cet hiver. Marmara, le Club Med sont de ceux là. Et l’annonce toute récente du retrait du groupe hôtelier espagnol Riu, qui géraient de nombreux établissements dans le pays, ne fait qu’ajouter au désarroi.

Tunisie-Piscine thalasso [2]Finalement, les seuls à tirer leur épingle du jeu sont les hôtels qui ont su diversifier leur offre. A l’Alhambra Thalasso de Yasmine Hammamet, il y a un peu de vie surtout lors des week-end. Les familles tunisoises se retrouvent là, et au centre de thalassothérapie, on rappelle chaque fin de semaine du personnel supplémentaire afin de pouvoir répondre à la demande. Il faut dire que les installations sont de qualité tout comme les soins dispensés. Et la lecture de la grille tarifaire s’avère être une bonne surprise pour les touristes en quête de bien être.

Alors bien sûr, s’il vous prend l’idée d’aller chiner dans l’un ou l’autre des multiples ateliers de poterie de Nabeul, il y a de fortes chances pour que vous ne soyiez pas bousculés !

Il n’en reste pas moins que pour tous ceux qui aiment discourir sur la situation en Tunisie et sur l’aide que nous autres -de ce côté de la Méditerranée- pourrions lui apporter, il est urgent de s’engager. Un engagement assurément plus moral que financier mais qui doit aussi passer par un soutien à ce pan si important de son économie qu’est le tourisme. Et cela commence en réservant un futur séjour dans le pays.

tunisair [3]En diversifiant son offre touristique, en développant d’autres niches, en signant quelques accords bilatéraux pour le transport aérien (en attendant l’Open Sky), la Tunisie prouve qu’elle est sur la bonne voie. Elle sait qu’elle n’a pas droit à l’erreur.

Et que le risque de voir l’inexorable et violente montée de l’islamisme perdurer est toujours bien présent.

Carthage_ruines_Tunisie [4]Sur le site de Carthage, c’est bien en tout cas ce que craignent les vendeurs des stands de produits artisanaux situés sur l’esplanade de l’ancienne cathédrale Saint Louis.

Faute de touristes et de travail, ils passent maintenant leur temps à jouer à la pétanque…

A Tunis pour La Quotidienne,
Jean BEVERAGGI

Légende Photos/

1/ le groupe de professionnels emmené par Amel Aboudi-Alouani, Directrice Sud de Tunisair, et Guy Escriva, du Groupe Jancarthier, devant le Palais Ennejma Ezzahra, la maison du Baron d’Erlanger à Sidi Bou Saïd.