6,2 milliards malgré la guerre


Dans le monde de l’aviation commerciale, il y a les bonnes années et les mauvaises. Puis il y a Emirates, qui semble fonctionner selon ses propres règles.

La compagnie affiche un bénéfice record avant impôts de 6,2 milliards de dollars pour l’exercice 2025-2026, en hausse de 7 % par rapport à l’année précédente, avec une marge de résultat avant impôts établie à 17,4 %.

Et ce, malgré un mois de mars catastrophique

Parce qu’il faut bien comprendre dans quel contexte ces chiffres ont été produits.

Le 28 février 2026, après des frappes coordonnées israélo-américaines sur l’Iran, des attaques de missiles balistiques et de drones ont visé les Émirats arabes unis, visant notamment des infrastructures énergétiques et des zones à proximité de grandes agglomérations.

Les défenses aériennes émiriennes ont intercepté la majorité des projectiles, mais des débris ont causé des dégâts sur certaines installations civiles.

Dans les jours qui ont suivi, l’espace aérien de la région a été restreint, entraînant la suspension temporaire de nombreux vols Emirates et la mise en place de routes alternatives.

Le hub de Dubaï, une machine à résister

Le PDG du groupe, le cheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum, a résumé l’année avec une formule qui en dit long : « Mars 2026 finira par s’estomper dans les mémoires, mais nous n’oublierons jamais votre bravoure et votre incroyable résilience« , a-t-il écrit à ses équipes.

Car au-delà des chiffres, c’est bien une machine humaine de 130 000 personnes qui a dû gérer en temps réel annulations massives, déroutements, remises à zéro des rotations d’avions et prise en charge de dizaines de milliers de passagers bloqués.

Sur l’ensemble du groupe, le bénéfice avant impôts du groupe Emirates atteint 24,4 milliards de dirhams (6,6 milliards de dollars), en hausse de 7 %, pour un chiffre d’affaires de 150,5 milliards de dirhams (41 milliards de dollars), en progression de 3 %.

La trésorerie grimpe de 12 % pour s’établir à 59,6 milliards de dirhams (16,2 milliards de dollars), offrant une marge de manœuvre confortable.

Côté passagers, le chiffre est contre-intuitif mais révélateur : Emirates a transporté 53,2 millions de passagers, soit 1 % de moins que l’année précédente. Le coefficient d’occupation s’établit à 78,4 % légèrement en dessous.

Pourtant, le résultat est en hausse : le nombre de passagers en classes premium a augmenté de 4 %, signe que la compagnie vend mieux plutôt que plus.

La stratégie du produit premium paye, littéralement.

Une flotte qui se modernise en pleine turbulence

Emirates a réceptionné 15 Airbus A350 sur l’exercice, portant le total à 19 appareils en service au 31 mars 2026, les premiers entrants en flotte datant de novembre 2025.

Ces appareils permettent d’ouvrir des liaisons où l’A380 géant serait surdimensionné et trop coûteux à opérer. Au 31 mars, le carnet de commandes total atteignait 367 appareils : 54 A350, 270 Boeing 777X, 35 Boeing 787 et 8 Boeing 777F, avec des livraisons programmées jusqu’en 2038.

La compagnie investit aussi massivement dans le confort à bord.

Le programme de retrofit à 5 milliards de dollars avance : 91 appareils sur les 215 prévus ont déjà été entièrement rénovés avec les nouvelles cabines, incluant une classe Économie Premium repensée.

Et pour rester dans l’air du temps connecté, Emirates a signé un accord avec Starlink en novembre 2025, avec 21 avions équipés du Wi-Fi haut débit au 31 mars dont le premier A380 au monde à avoir reçu l’installation, à Newquay Airport en avril 2026.

La prime à 20 semaines : partager les bénéfices, la version Dubaï

L’information sociale de la semaine dans l’aviation mondiale, c’est peut-être celle-ci : les 131 000 salariés d’Emirates Group vont toucher une prime exceptionnelle équivalente à vingt semaines de salaire, soit environ 38 % du salaire annuel de base pour les personnels navigants.

Une façon spectaculaire de partager les bénéfices et, surtout, de fidéliser des talents dans un secteur où la guerre des compétences pilotes, techniciens, personnels navigants fait rage à l’échelle mondiale.

Sur l’exercice, les effectifs ont d’ailleurs progressé de 8 %, passant à 130 919 salariés, avec 3,5 millions de candidatures reçues et plus de 9 700 nouveaux employés intégrés rien qu’aux Émirats arabes unis.





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